Le temps est-il un ennemi ou un ami pour l’homme?

Photo prise devant la gare Saint -Lazarre (Paris)

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2018, nous sommes passés à l’heure d’hiver, semble-t-il pour la dernière fois.

En effet ce changement d’heures en hiver et en été avait été réalisé dans le but de faire des économies d’énergie en profitant de l’ensoleillement.

Mais les résultats n’étant pas concluants, les états européens ont décidé qu’à partir de 2019, ces changements cesseront. Chaque état devant opter de façon définitive soit pour l’heure d’hiver, soit pour l’heure d’été.

C’est ainsi que je suis arrivée à me demander pourquoi l’homme titillait-il autant le temps.

Le considère-t-il comme un ami ou un ennemi ?

C’est à cette question que je tente de répondre dans le développement ci-dessous.

 

 

 

 

 

 

Le temps définit l’évolution continue de l’homme durant sa vie sur terre. Il naît, il vit et il meurt. Sa vie est donc rythmée par le temps auquel il ne peut échapper. Son rapport au temps est fluctuant. Combien de fois durant sa vie s’écrit-il : « Je n’ai pas assez de temps pour faire ça », « J’ai perdu mon temps » ou au contraire « J’ai gagné du temps » ? Le temps est une donnée précieuse qu’il faut savoir manipuler. Tantôt il semble jouer contre lui en l’empêchant d’avancer favorablement, dans ce cas, il apparaît comme un ennemi😣, une personne qui lui voudrait du mal et qu’il est difficile de vaincre (I). Tantôt il lui permet d’avancer et de dresser un bilan satisfaisant de ses actions. Il est alors un allié, un ami😊 sur qui il peut compter et qui lui veut du bien (II). Toutefois on constate que l’homme ne peut pas s’en affranchir car le temps fait partie intégrante de son existence. Il doit donc rejeter cette vision manichéenne et vivre simplement sa vie terrestre sans chercher à maîtriser à tout prix le temps (III). 🌞🆒

 

I – Le temps est un ennemi pour l’homme  😣

L’homme a toujours cherché à maîtriser sa vie. Mais il sait qu’il doit compter pour cela avec le temps. Ce dernier apparaît comme son ennemi car il ne s’arrête jamais : il fuit sans laisser l’homme le saisir (A). Et l’homme lutte inlassablement avec le temps et tente par tous les moyens de le maîtriser (B).

 

A – La fuite du temps

L’homme reproche au temps de fuir et de l’empêcher de mener à bien sa vie (1). Il faut bien comprendre que derrière tous ce reproche se cache une peur viscérale chez lui : celle de la mort (2).

1 – La fuite du temps

Dans un monde où il faut sans cesse aller vite, l’homme reproche au temps d’aller trop vite et de ne pas lui donner les moyens de diriger sa vie dans les divisons temporelles qu’il s’est lui-même créées : heures, minutes, secondes, semaines, mois, années etc… Dès le réveil, il faut se dépêcher : prendre son petit-déjeuner en quatrième vitesse pour ne pas rater son train, pour ne pas prendre les embouteillages si on est en voiture. Ensuite, descendre du train rapidement pour arriver à l’heure au travail. Une fois au travail, il faut travailler vite pour terminer à l’heure pour reprendre le train du retour et toujours aller vite pour arriver à la maison. Là encore une multitude de choses l’attendent qu’il doit régler rapidement pour avoir le temps de faire les soi-disant huit heures de sommeil requises pour être en forme le lendemain et recommencer encore et encore sa course folle et perpétuelle contre le temps. Ne jamais s’arrêter de peur de ne pas avoir le temps. C’est en fait le thème récurrent de la fuite du temps cher aux auteurs du XVIème siècle que l’on retrouve encore au XXIème siècle. Ce qui change ce sont les motifs du reproche. Les auteurs du XVIème siècle parlait du temps et de l’amour tandis que l’homme du XXIème siècle, sans doute qu’il ne croit plus en l’amour, parle du temps et de l’argent, du travail. Ses considérations sont devenues plus matérielles. « Time is money » disent les Anglais ! L’homme d’aujourd’hui est un être multitâche : il travaille, il a des loisirs, il a des enfants, il est hyperconnecté. Il doit aussi se reposer et gérer toutes ses activités en une journée de 24 heures. Sa vie devient une véritable course contre la montre ! Son vocabulaire s’enrichit de nouveaux mots : procrastination (tendance à remettre au lendemain, à ajourner, à temporiser), burn out (se consumer en anglais) ou syndrome de l’épuisement professionnel, etc… Tous ces mots trouvent leur origine dans le manque de temps que ressent l’homme dans l’accomplissement de ses activités. L’homme se sent donc victime du temps qui passe trop vite d’autant plus que cette vitesse le rapproche de la fin de sa vie et donc de la mort, cette grande faucheuse qui l’effraie temps.

 

2 – La peur viscérale de la mort

L’homme est le seul animal conscient de sa propre mort. Il en a peur. La mort, la cessation inconnue et irréversible de la vie terrestre, lui fait terriblement peur. Il a toujours ressenti un lien intime entre le temps, la vieillesse et la mort. Son impermanence lui fait croire qu’il doit vivre pleinement sa vie en urgence car il sait qu’il mourra mais il ne connaît pas la date. Cette idée de la mort enfermée dans son subconscient le pousse inconsciemment à vivre sa vie rapidement et à considérer le temps comme son pire ennemi. C’est lui qui le fait vieillir jusqu’à la mort. Ce vieillissement qui l’enlaidit, qui l’affaiblit, qui le rend malade au fil du temps. Ce vieillissement inéluctable qui arrive trop vite selon l’homme alors qu’il n’a pas finit de vivre dans un monde qui voue un culte exacerbé à la jeunesse. « Ô rage ! Ô désespoir Ô vieillesse ennemie ! » s’écrie Don Diègue dans Le Cid de Corneille. Cette vieillesse le relègue au rang des retraités. Il est à la retraite. C’est le temps qui passe qui le met en retrait de la société. Le temps est vraiment son ennemi, lui qui désirerait rester jeune toute sa vie. Il ne peut arrêter le cours du temps. L’homme souffre de cette situation. Lui qui s’est érigé en maître de la nature, ne peut pas arrêter le temps. Parfois, il tente de tuer symboliquement le temps. C’est le cas avec certaines techniques. Le temps mort en est un exemple. En effet, dans le domaine sportif c’est la pause durant laquelle un sport est interrompu pour diverses raisons. Au hand-ball, les entraîneurs peuvent demander jusqu’à trois temps morts par match pour donner des consignes tactiques et éventuellement faire des changements de joueurs. La durée est de 30 secondes à quelques minutes. Le chronométreur interrompt alors le match et arrête le chronomètre.  Lorsque le match reprend celui-ci redémarre. Ces quelques secondes d’arrêt ne sont pas prises en compte comme si le temps s’était arrêté. Mais à cause de la perception que l’homme a du temps, celui-ci ne pourra jamais s’arrêter. En effet, l’homme, et il faut le préciser l’homme occidental surtout, a une vision linéaire du temps. Or une telle perception implique que le temps est infini. Le problème est que l’homme ne l’est pas. Il est impermanent : il naît pour mourir. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres civilisations. Chez les bouddhistes, la vie étant un cycle, l’homme ne meurt donc pas, il se recycle. Le temps est aussi un cycle qui renaît avec lui comme le font les saisons.

 

L’homme est donc en lutte permanente avec le temps. Le temps ne semble pas se soucier de lui et continue son cours vers le futur. Ce futur conduit l’homme vers la mort. Trop vite selon lui. Il cherche à le maîtriser par tous les moyens.

 

B– La maîtrise du temps

Pour maîtriser ce temps à qui il a donné le titre d’ennemi public, l’homme a divisé sa vie en séquences temporelles (1). Puis comme ce n’était pas suffisant, car il faut bien l’avouer, dans la vision humaine du temps ce dernier est quasiment invincible, l’homme est allé encore plus loin. Il a en effet décider d’effacer toutes traces du temps sur sa personne physique (2).

1 – Les séquences temporelles

L’invention de l’heure remonterait au moins à 2 000 ans avant Jésus Christ. Une chose est sûre, c’est en se référant au soleil que l’homme a inventé l’heure et créé les cadrans solaires. L’heure se définit comme étant une unité de mesure du temps. Elle se divise en minutes et en secondes. Avec cette mesure, l’homme croit maîtriser le temps donc sa vie. Une journée dure 24 heures. Il décide qu’à chacune de ses heures doit correspondre un moment de sa vie. Il se lève le matin par exemple à 6h, part travailler à 8h, travaille de 8h30 à 17h00, rentre à la maison à 18h, dîne à 19h, s’endort à 22h30 pour se réveiller à 6h, etc… Mais l’homme organise aussi sa vie avec d’autres séquences temporelles. Les années lui donnent, il le pense, une supériorité sur le temps. Elles se divisent en mois, puis en semaine et en jour. Elles lui permettent d’avoir une vision plus élargie de sa vie en regardant le passé et vis-à-vis du futur. Pour le passé, elles lui permettent de faire le bilan de sa vie et de tirer un trait sur un temps passé. Pour le futur, elles lui permettent de planifier sa vie et lui donnent l’impression de ne pas subir les effets du temps. En constatant les années écoulées, il a l’impression de remonter le temps et de puiser dans le passé pour construire son avenir et vaincre ainsi le temps qui ne lui a pas permis de réaliser certaines choses. Ces choses non réalisées, il tâchera de les faire dans le futur. On peut même raisonner au-delà de la vie d’un homme. En effet, un état planifie son plan d’action parfois sur des années. Ainsi les plans quinquennaux en France, ont permis à l’état d’organiser son action dans le temps. Par exemple le « plan Monnet » de 1946-1950 fut le premier plan quinquennal de modernisation et d’équipement afin de rendre l’économie française compétitive à l’échelle internationale. Cette volonté acharnée de l’homme de vaincre le temps passe aussi par des moyens parfois plus hasardeux. Certains hommes ont essayé à plusieurs reprises de créer des machines à remonter le temps qui leur permettraient de braver les années et les siècles. Voyager dans le temps est un thème très exploité dans la science-fiction qui traduit le désir humain de vaincre le temps. Enfin, on peut parler aussi de certaines pratiques répandues dans toutes les civilisations telles que la voyance et l’astrologie permettant à l’homme de connaître soi-disant son avenir. Ainsi dans la Grèce antique, il était courant d’interroger la Pythie, l’oracle du temple d’Apollon à Delphes pour connaître l’issue de certaines guerres par exemple. De nos jours, on ne consulte plus de Pythie. D’aucuns ont recours cependant à des astrologues, voyants ou autres diseurs de bonne aventure pour connaître son avenir. C’est encore une autre façon, critiquable pour certains, de devancer le temps.

 

2- Effacer les effets du temps sur soi

La peur de la vieillesse conduit l’homme à avoir peur de lui-même. L’un des tous premiers signes du vieillissement sont les rides. Qu’est-ce qu’une ride ? Une ride est un petit pli de la peau notamment sur le front, sur la face et le cou dû t à l’âge. L’homme rejette ces marques du temps sur son corps. C’est donc une partie de son propre corps qu’il rejette. Les rides lui montrent que le temps passe et qu’il a une emprise sur lui. Cette emprise, il lutte pour s’en défaire. De nos jours, l’industrie cosmétique propose moult crèmes pour faire la guerre aux signes du temps qui nous rappellent que notre jeunesse n’est pas éternelle. Elles promettent soit de les prévenir, en d’autres termes de devancer les ravages du temps sur l’homme. Elles promettent de les atténuer quand elles sont déjà installées, en d’autres termes de diminuer les effets ravageurs du temps sur lui. Les plus téméraires promettent de les faire carrément disparaître, en d’autres termes de tuer le temps.  La guerre contre les rides, donc contre le temps qui passe. Il faut bien noter que le temps ne se laisse pas faire par l’homme. Il s’attaque aussi à d’autres parties du corps humains et notamment celles qui sont les plus visibles. Ainsi, les cheveux sont aussi une de ses autres cibles privilégiées. Il les colore de gris, puis de blanc au grand désespoir de l’homme. Ce dernier désespéré mais pas vaincu fait appel à des armes capillaires telles que les colorations. Malheureusement, le temps ne lui laisse que quelques semaines de répits puisque les colorations ne sont pas permanentes. L’homme doit alors inlassablement se décolorer les cheveux pour empêcher le temps de s’y installer durablement. Dans la lutte contre le vieillissement, le temps s’acharne sur lui puisqu’il s’empare aussi de ses organes intérieurs et là encore l’homme lutte en ayant recours aux médicaments. Dans ce moment impitoyable qu’est la vieillesse, l’homme pense parfois à renouer avec la nature. Il se tourne vers les médicaments naturels : fruits aux vertus antioxydants, tisanes détoxifiantes qui enlèvent les toxines amassées au cours du temps dans l’organisme. Il va jusqu’à pratiquer un sport ou de la méditation pour se sentir mieux en dépit des ravages du temps sur son corps.

 

On l’aura donc compris, le temps peut se monter le pire ennemi de l’homme. Toutefois, il faut avouer que l’homme est versatile lorsqu’il s’agit du temps. Ainsi dans cette première partie, nous avons parlé d’un temps qui ressemble à Mister Hyde. Dans la seconde partie c’est avec un temps sous les traits d’un docteur Jekyll que nous composerons. Car oui, le temps peut-être un ami pour l’homme.

 

 

II – Le temps est un ami pour l’homme 😊

Loin de lui être hostile, le temps peut s’avérer être un allié utile pour l’homme. Il lui permet de se construire tout au long de sa vie (A). En outre, grâce à son caractère irréversible, le temps est un effaceur du passé bénéfique pour l’homme(B).

 

A – Le pouvoir constructeur du temps

Cette construction possède deux dimensions : une dimension physique (1) et une dimension intellectuelle (2).

1 – Le temps constructeur physique de l’homme

Comme on l’a dit, l’homme naît, vit et meurt. Il va sans dire que ces trois étapes fondamentales de sa vie ne se font pas en une seconde. Comme le papillon qui est successivement chenille, chrysalide et papillon puis meurt, la vie physique de l’homme est progressive. Il ne devient pas un adulte en un clin d’œil. Il a besoin de temps. Ce temps, le temps le lui accorde. Il lui permet de vivre ses vies de nouveau-né, de nourrisson, de bébé, d’enfant en bas-âge, d’enfant, de mineur, d’adolescent, d’adulte et de sénior. Son corps peut alors se construire en toute quiétude lui permettant à chaque étape de profiter de la vie. Durant la première année de sa vie, l’homme profite de ses parents à fond. Il est le centre de leur vie. Ensuite, il commence à prendre connaissance du monde qui l’entoure. Il apprend les différentes odeurs, les divers goûts de nourriture et quelle joie quand il apprend à marcher. C’est une étape cruciale de sa vie où chaque petit pas lui permet d’avancer. Le temps lui fournit le temps nécessaire pour faire cet apprentissage à son rythme.  Son corps se forme petit à petit jusqu’à devenir un homme capable d’accomplir d’innombrables choses. L’homme physique est accompli. Telle une voiture qui est passée par divers stades de construction pour avoir une carrosserie parfaite. L’homme accompli est prêt à jouir de sa vie d’adulte. Ce physique qui s’est façonné au fil du temps est commandé par un cerveau qui lui aussi s’est construit progressivement grâce au temps pour accomplir sa mission.

2 – Le temps vecteur de connaissances pour l’homme

Grâce à son cerveau, l’homme va acquérir progressivement des connaissances qui lui permettront d’évoluer durant sa vie terrestre. Cette acquisition est nécessaire pour sa vie. Ces connaissances l’aident non seulement à construire son histoire personnelle mais aussi celle de l’humanité. L’histoire c’est une accumulation de temps passés. A chaque temps passé, il apprend des choses. Dans son cercle familial, il apprend et enregistre des choses. De même à l’école, avec ses amis, en observant son entourage proche ou éloigné, il enregistre des informations qui peuvent lui être utiles dans l’immédiat ou dans son futur. Le temps est un grand allié dans ses apprentissages. Parfois, l’homme ne regrette pas que le temps file trop vite car il est assoiffé de connaissances. Il sait que certaines connaissances s’acquièrent au fil du temps et il a envie de le bousculer pour apprendre plus vite. C’est le cas des enfants qui veulent grandir vite pour accéder aux mêmes savoirs que les adultes. Jamais au grand jamais dans ce cas, il ne suppliera le temps de suspendre son vol. Et le cours des heures propices ne coulera jamais assez vite dans ces cas-là ! Au gré du temps, l’homme cherche à se perfectionner. Même si cette quête de perfectionnement n’est pas spontanée n’empêche qu’avec le temps qui passe vite ou pas que l’homme se forge une expérience des choses de la vie. L’expérience peut donc se définir comme la somme des connaissances accumulées par l’homme durant sa vie donc au fil du temps. C’est le temps qui lui permet de tester, d’essayer des choses afin de pouvoir progresser dans la vie et ce dans tous les domaines : vie privée, vie sociale, vie professionnelle.

 

B – Le temps effaceur positif du passé

Le temps est une donnée irréversible pour l’homme. Une fois que le temps est passé, l’homme ne peut pas y revenir. Cette irréversibilité peut le pousser à pardonner (1) ou à oublier (2)

 

1 – Le temps vecteur de pardon

Alors que l’on était prêt à en vouloir durablement à une personne, le temps qui passe peut amener l’homme à se poser des questions sur l’objet de sa rancœur. Finalement l’homme peut arriver à pardonner ce qui lui était impossible dans le passé. Le pardon est le résultat de l’acte de pardonner. C’est tenir une offense, une faute, pour nulle et renoncer soit – au plan personnel – à en tirer vengeance, soit – au plan institutionnel – à poursuivre et à punir les responsables.  Le pardon peut se faire par rapport à la religion, sur un plan philosophique, psychologique. Toutefois, quel que soit le cadre dans lequel il a lieu, le pardon est un processus qui prend le plus souvent beaucoup de temps. Tout dépendra de l’ampleur de l’offense mais aussi de la capacité de l’individu à tirer un trait sur le passé. Il peut donc impliquer un cheminement intérieur long et exigeant, difficile à vouloir, dur à parcourir. Dans ce cheminement, le temps devient son allié : l’homme a besoin de temps. Selon certains auteurs il faut cinq à dix étapes pour pardonner. Chacune prend plus ou moins du temps en fonction de l’offensé.

 

2- Le temps vecteur d’oubli

Oublier c’est le fait de ne pas se souvenir d’une chose, un évènement, une personne. C’est comme si le temps passé c’était effacé de notre mémoire. De prime abord, l’oubli apparaît comme une fatalité. Il a une forte dimension négative et devient condamnable. Mais c’est oublier que parfois l’homme a besoin d’occulter le passé et notamment quand ce passé est douloureux. Une personne qui garde sans cesse en mémoire un échec et s’en plaint tous les jours ne peut pas vivre son présent ni envisager son futur. Il a donc besoin d’oublier. Oublier n’est pas dramatique car cela ne veut pas dire disparition du passé. L’oubli n’est pas définitif. Les souvenirs sont toujours là mais ils sont rangés dans une case de la mémoire. Ils pourront ressortir à un moment où l’homme aura fait son deuil du passé douloureux. Avec l’oubli, le temps permet à l’homme tout simplement de se concentrer sur ce qui est important. On se rend compte donc que le temps sait se mettre en suspend pour aider l’homme à apaiser ses douleurs.

 

Le temps possède donc diverses vertus pour l’homme. Il lui permet d’être l’homme physique et intellectuel qu’il est. Il est capable de l’aider psychologiquement avec le pardon et en s’éclipsant de sa mémoire. C’est un allié précieux alors que l’on avait pu démontrer plus haut qu’il pouvait aussi être son pire ennemi. Néanmoins, il convient de dépasser ces clivages et considérer que l’homme doit vivre sans se soucier du temps.

 

III – Vivre sans se soucier du temps 🌞🆒

D’aucuns diront qu’il est impossible de ne pas se soucier du temps dans un monde où tout est urgent. La vie, elle-même, semble être une urgence : un moment sur terre qu’il faut vivre à grande vitesse. Mais si l’homme arrête sa course folle et réfléchit un instant, il se rendra compte qu’il lui faut juste lâcher prise (A) et vivre son carpe diem (B).

A – Le lâcher-prise

Le lâcher-prise est un indice lexicologique qui prouve que l’homme tente de se dégager de l’emprise du temps sur sa vie. C’est un mot très à la mode en ce moment qu’il faut définir (1) avant de le mettre en pratique (2).

1 – Le lâcher prise : définition

C’est un mot très à la mode en ce moment et que l’on rencontre dans tous les magazines. Ce qui prouve bien que l’homme a pris conscience de son mal-être dans ce monde ultra-rapide.  Cette rapidité le pousse à vouloir tout contrôler. Le contrôle de sa vie passe par le contrôle du temps. C’est pour cela qu’il a inventé les mesures du temps : heures, minutes, secondes, mois, années… pour cela, il doit bien comprendre que c’est une notion abstraite purement humaine. Quand on observe, un animal dans la nature qui chasse pour se nourrir, on constate bien qu’il ne se fixe pas une heure précise où il doit manger. Pourtant, il a faim. Il attend tout simplement le moment où il attrapera sa proie. Parce qu’il n’a pas la notion du temps. L’homme, lui s’est fixé des séquences temporelles à l’intérieur desquelles il doit faire des activités bien définies. S’il n’arrive pas à respecter ces espaces temps, il stresse et se dit débordé. Dans le domaine professionnel, on parlera de burn-out ou épuisement professionnel. Dans sa vie privée, on l’entendra dire : « Je n’y arrive pas. Je n’ai pas assez de temps » ; et il aura tendance à procrastiner. C’est pareil dans le domaine scolaire. Un enfant qui n’arrive pas à lire à six ans sera considéré comme retardé. En revanche, celui qui sait lire à quatre ans est considéré comme précoce. Ces disparités entre les enfants viennent du fait que l’homme reste enfermé dans des cases temporelles qu’il sait lui-même créées. Il en est prisonnier.

2 -Il doit donc lâcher-prise

Il doit pouvoir sortir de ses cases et comprendre enfin que le temps n’est pas un ennemi pour l’homme. Il faut l’oublier. Pour cela, l’homme doit apprendre à vivre à son rythme. Il faut arrêter de faire des comparaisons entre les hommes. Chacun devrait agir à sa façon quand il veut et non pas en se comparant aux autres. Il doit connaître ses limites et les accepter. Ce n’est pas parce qu’il ne parvient pas à traiter ses dossiers dans une durée fixée par sa hiérarchie qu’un salarié doit se juger incapable et nul. Si ses collègues y arrivent tant mieux pour eux. Sa valeur professionnelle ne peut pas dépendre du temps. Il faut laisser le temps de côté. D’ailleurs certains physiciens ont démontré que le temps n’est qu’une illusion. Albert Einstein n’a-t-il pas lui-même affirmé que le temps n’existe pas : « La distinction entre le passé, le présent, le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle ». Si le temps n’est qu’une illusion, alors pourquoi subir un stress inutile en se considérant hors temps, en avance sur son temps, ou dans son temps ? On dit souvent que le temps de Dieu n’est pas celui des hommes. Parce que Dieu est un Être qui semble ne pas être très pressé pour l’homme. Il n’intervient pas assez vite quand l’homme l’appelle au secours. C’est parce que l’homme est très attaché à ce concept fondamentalement humain qu’est le temps. Renoncer à l’emprise du temps c’est donc reprendre sa vie en main et vivre tout simplement.

B -Carpe diem

C’est un slogan que l’on voit un peu partout aujourd’hui sur des tee-shirts, des cahiers, des objets de décoration par exemple et qui nous invite à profiter de la vie. Son origine remonte à l’époque pré christique (1). Sa mise en pratique ne peut-être qu’un bienfait pour l’homme pressé d’aujourd’hui (2)

1) Origine pré christique de carpe diem

« Carpe diem quam minimum credula postero » est une locution tirée d’un poème, Les Odes (23-24 avant JC) d’Horace qui peut se traduire par « Cueille le jour présent sans te soucier de l’avenir ». Cette formule se retrouvait souvent sur les cadrans solaires. Cela prouve que l’homme des temps anciens avait déjà bien pris conscience qu’il fallait vivre l’instant présent sans se soucier de l’écoulement du temps. En effet, le carpe diem figurant sur les cadrans solaires, qui étaient pourtant fait pour mesurer le temps, prouve que le temps tel que défini par l’homme ne devait pas être pris comme une chose dont il devait se sentir prisonnier. Des siècles après, cette invitation à cueillir le jour présent semble retrouver un sens pour l’homme. Lorsque l’on analyse une application comme Snapchat, très prisée des jeunes, on constate que son slogan est : « La vie est plus intense quand on la vit dans l’instant ». Ce n’est rien d’autre qu’une traduction contemporaine du carpe diem d’Horace. Le temps ne doit pas être un concept limitant pour l’homme. Il ne doit le considérer ni comme un ami ni comme un allié. Selon le proverbe, « Il faut laisser le temps au temps » signifie que dans la vie il faut savoir être patient et laisser le temps faire les choses. Ne pas ressasser le passé et ne pas se projeter dans l’avenir : il faut juste profiter de la vie à l’instant T.

2) Mise en pratique du carpe diem

La vie humaine est si conditionnée par le temps que l’homme doit réapprendre à vivre autrement. C’est pratiquement sa vie entière qu’il doit remettre en question. Ainsi, il doit ralentir le cours de sa vie. Il ne faut plus courir mais être à l’écoute de soi. Connaître ses besoins et ses limites afin de savoir comment traiter ce qui se présente à lui et arriver au but souhaité. Il doit penser à la tortue de la fable Le lièvre et la tortue, de Jean de Lafontaine et comprendre que « rien ne sert de courir ; il faut partir à point ». Il doit aussi accepter les situations qui se présentent à lui. Si c’est une chose difficile et douloureuse, il doit chercher les opportunités qu’elle lui offre. Cela revient à dire qu’il faut toujours rester positif quoiqu’il arrive. L’homme doit apprendre à être indulgent avec lui-même et se pardonner à lui-même. Il doit apprécier les petites choses de la vie : par exemple le fait d’être bien au chaud sous sa couette, de boire un thé chaud, de caresser son chat, de prendre soin d’une plante que l’on aime, etc… Pourquoi chercher sa vie dans le passé ou dans le futur puisque le bonheur est juste là avec nous. Bien sûr, il ne faut pas oublier de profiter pleinement des personnes qui nous sont chères à qui on oublie trop souvent de dire qu’on les aime. Une chose importante pour bien pratiquer son carpe diem est de ne pas accorder trop d’importances aux remarques et critiques des autres. Une parole blessante doit être oubliée automatiquement. L’homme ne doit pas la laisser s’installer dans sa vie. Aussitôt prononcée aussitôt oubliée afin que l’instant présent ne soit parasité d’aucune négativité. Cela passe aussi, il va sans dire, par la suppression purement et simplement de la distinction heure d’hiver / heure d’été. En s’alignant sur l’heure solaire, l’homme a plus de chance d’avoir le temps de profiter de la vie.

 

 

Conclusion : Le temps, invention purement humaine, a pris le pas sur l’homme au point de le rendre totalement esclave de lui. C’est comme un robot créé par l’homme qui deviendrait son maître, reléguant l’homme au statut d’esclave. Pour mettre fin à cet esclavage, l’homme tuerait ce robot. Il en est de même pour l’homme qui doit s’affranchir du temps. L’homme devra aussi repenser son rapport à la nature afin d’être en phase avec lui-même et s’orienter vers une vie plus minimaliste.