Un poème pour Noël🎄 d’Aimé Césaire

Je vous présente ici un poème que j’ai appris à l’école élémentaire (CE2), je devais avoir 9 ans. Ce poème m’avait intriguée non pas  par son contenu mais par sa forme.

En effet, jusque là, je n’avais connu et appris que des sonnets. Les sonnets sont des poèmes composés de 4 strophes 2 quatrains (strophe de 4 vers) et de 2 tercets (strophe de 3 vers). 

Cette année-là, à l’approche des vacances de Noël, la maîtresse nous avait proposés un poème en vers libres de l’écrivain-poète martiniquais Aimé Césaire (1913-2008). Il est extrait de son livre :

  • Cahier d’un retour au pays natal publié en 1947 aux éditions Bordas

Mon but ici n’est pas de parler de ce grand et honorable auteur, chantre de la négritude, mais de vous partager simplement cet extrait de son cahier dans le quel l’auteur nous parle de Noël dans la Martinique de son époque. C’est une époque où cette fête n’était pas commerciale comme aujourd’hui. Elle avait encore un sens religieux et se célébrait dans une bonne ambiance familiale et de bons voisinages.

Noël n’était pas comme toutes les fêtes. Il n’aimait pas à courir les rues, à danser sur les places publiques, à s’installer sur les chevaux de bois, à lancer des feux d’artifice au front des tamariniers. Il avait l’agoraphobie, Noël. Ce qu’il fallait c’était toute une journée d’affairement, d’apprêts, de cuisinages, de nettoyages, d’inquiétudes,
de peur que ça ne suffise pas,
de peur que ça ne manque pas,
de peur qu’on ne s’embête.
Puis le soir une petite église pas
intimidante, qui se laissât emplir bien vaillamment par les rires, les chuchotis, les confidences, les déclarations amoureuses, les médisances et la cacophonie gutturale d’un chantre bien d’attaque et aussi de gais copains et de franches luronnes et des cases aux entrailles riches en succulences, et pas regardantes, et l’on s’y parque une vingtaine, et la rue est déserte, et le bourg n’est plus qu’un bouquet de chants, et l’on est bien à l’intérieur, et l’on en mange du bon, et l’on en boit du réjouissant et il y a du boudin, celui étroit de deux doigts qui s’enroule en volubile, celui large et trapu, le bénin à goût de serpolet, le violent à l’incandescence pimentée, et du café brûlant et de l’anis sucré et du punch au lait, et le soleil liquide des rhums, et toutes sortes de bonnes choses qui vous imposent autoritairement les muqueuses ou vous les distillent en ravissements ou vous les tissent de fragrances, et l’on rit, et l’on chante,et les refrains fusent à perte de vue comme des cocotiers : ALLELULIA KYRIEELEISON… ELEISON…ELEISON -CHRISTIE

ELEISON… LEISON…LEISON »

HAPPY POEME !🎇