Sommes-nous tels que nous paraissons aux yeux des autres ?

 

                                             Sommes-nous tels que nous paraissons aux yeux des autres ?

Lorsque j’ai créé ce blog, j’ai pris le parti de ne pas dévoiler mon visage. J’ai seulement mentionné que je suis une femme. Dans une société qui accorde une grande importance à l’apparence extérieure on peut se demander s’il est judicieux de ne pas montrer son visage. C’est pour cette raison que je tente de répondre à cette question.

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Qu’on le veuille ou non, on se fait toujours une opinion immédiate des personnes que l’on rencontre. Cette rencontre peut être brève et dans ce cas on ne revoit plus cette personne ou suivie d’autres qui nous permettent d’étendre notre connaissance de l’autre. Mais peut-on parler de connaissance dans la mesure où nos yeux, premiers organes de la perception chez l’être humain nous donnent une vision apparente des êtres et des choses. L’autre apparaît alors devant nous sans pour cela que nous arrivions à le saisir vraiment même si nous sommes persuadés du contraire. Ainsi nous apparaissons à l’autre sans que l’être qui est en nous lui soit forcément révélé car Il est difficile de connaître une personne (I). En outre, il faut reconnaître que nous pouvons être responsables dans les difficultés que les autres ont pour saisir notre personnalité (II). Mais tous ces obstacles doivent être surpasser pour mieux se connaître mutuellement (III).

 

 

I   Les difficultés de connaître une personne

Lorsque l’autre nous rencontre, la première chose qu’il voit ou plutôt perçoit de nous est notre aspect physique (A) et ensuite son cerveau nous analyse. Cette analyse est souvent faussée à cause de nos préjugés (B).

 

A – La perception de notre apparence extérieure par les autres

Les autres prennent connaissance de nous par notre apparence extérieure, c’est-à-dire notre aspect physique : notre visage, notre coiffure, notre corps, nos habits. Ce sont les quatre éléments qu’il a en sa possession pour définir qui nous sommes. Est-ce suffisant pour connaître une personne ? Logiquement non, car nous ne sommes en rien notre apparence extérieure. Notre visage peut être maquillé, balafré, déformé par un accident par exemple. Mais que nous le voulions ou non, c’est notre aspect qui nous définit en premier lieu et dans ce cas on peut dire que « l’habit fait le moine ». Aujourd’hui, nous vivons plus que jamais dans un monde d’apparences : dans la rue, au travail, dans un club de sport, dans un lieu de culte, notre aspect physique conditionnera nos relations aux autres. Personne ne prend même plus la peine « d’ouvrir la porte » qui mènera à la découverte du monde intérieur de l’autre. Pour l’autre je suis ses yeux lui donnent de voir.

En outre, dans ce monde d’apparences, une notion est érigée sur un piédestal : la beauté. La beauté se définit par ce qui est beau, ce qui plaît à tous. Or la beauté chez les Hommes, est avant tout une notion qui s’apprécie physiquement. Chaque société a ses critères de beauté. Mais dans le monde actuel c’est malheureusement les critères occidentaux qui priment : teint clair, cheveux lisses de préférence blonds, yeux bleus. Malheureusement encore pour nous ce qui est beau est forcément bon. Ce genre de raisonnement simpliste mais fort répandu réduit notre accès à la connaissance de l’autre. Car une personne peut ne pas posséder les critères de beauté en vigueur mais être une belle âme, ce qui équivaut à dire qu’elle est belle intérieurement. Dieu seul sait comment on peut se tromper sur l’apparence physique d’une personne. C’est d’ailleurs pour cela que le Tartuffe de Molière s’écria « Mon Dieu ! Le plus souvent l’apparence déçoit. Il ne faut pas toujours juger sur ce qu’on voit ».

 

Mais pourquoi mon apparence physique ne permet pas forcément à l’autre de me connaître ?

 

B – L’autre est souvent prisonnier de ses préjugés

L’autre quand il me voit est déjà pétri par des préjugés. Car si nous vivons dans un monde d’apparences, nous vivons aussi dans un monde qui fait aussi la part belle aux préjugés. Ce sont des croyances, des opinions préconçues souvent imposées par la société dans laquelle on vit. En soi, on peut dite qu’un préjugé n’est pas une mauvaise chose dans la mesure où qu’on le veuille ou non, on ne peut offrir à l’autre qui ne nous connaît pas autre chose que notre physique. Mais le problème c’est que dans ce bas monde, le préjugé loin d’être considéré comme un indice provisoire pour connaître autrui est considéré comme une vérité. Cette « vérité » nous empêche d’avoir une connaissance objective de l’autre et nous plonge inconsciemment dans des automatismes.

Ainsi, une personne belle est forcément pleine de bonté comme on l’a dit plus haut, une personne laide est forcément méchante, une personne obèse n’a aucune volonté de maigrir et ainsi de suite. Tous ces préjugés nous conduisent en fait à vivre dans un monde d’illusions perpétuelles. Je ne suis qu’une illusion pour l’autre qui est prisonnier de ses préjugés. Il me juge avant même de me connaître. Ces préjugés devraient rester un jugement provisoire qu’il devrait corriger, modifier ou garder s’il prenait la peine d’appréhender fondamentalement mon moi intérieur.

 

Mais est-ce uniquement à cause de la perception visuelle que l’autre a de moi et de ses préjugés qu’il n’arrive pas à me connaître ? Y suis-je pour quelque chose ?

 

II  Ma responsabilité dans la mauvaise connaissance que l’autre à de moi

Mon aspect physique conditionne beaucoup l’opinion qu’autrui a de moi, opinion qui est souvent faussée d’autant plus qu’autrui est prisonnier de ses préjugés. Mais nous ne sommes pas totalement innocents dans cette situation. Consciemment ou inconsciemment on est plus dans le paraître que dans l’être face à l’autre (A) et nous finissons par ne plus nous nous connaître nous-mêmes (B).

 

A – Nous sommes dans le paraître pour plaire aux autres

AU XVIIIème siècle déjà, Jean-Jacques Rousseau affirmait dans Pensées et maximes : « Chacun met son être dans le paraître ». Parce que nous sommes sans cesse en train de vouloir nous conformer à l’opinion publique. Il est très difficile d’être différent dans nos sociétés. Il suffit par exemple que vous soyez habillé différemment des autres pour que l’on vous regarde bizarrement, voire mis à l’index. C’est très difficile de vivre hors d’un groupe. Donc, au risque de perdre notre personnalité, nous choisissons souvent d’être comme la société veut que l’on soit. C’est cette image façonnée par la société que nous renvoyons aux autres.  On met des masques en fonction de la personne qui est en face de nous, du lieu où nous allons. Alors comment voulez-vous qu’ils nous connaissent vraiment ? Le plus souvent chacun ne connaît que le côté superficiel de l’autre. Ce qui est malheureux, c’est que nous nous contentons de cette superficialité. Du moment qu’elle correspond à l’opinion publique. Ce qui est en accord avec l’opinion publique est  confondue avec la vérité pour bon nombre d’entre nous. Nous désirons plaire aux autres pour se faire accepter, pour ne pas être rejetés. Or comme le disait si bien Pindare dans Les Olympiades : « L’art de plaire est l’art de tromper ».

Nous sommes donc victimes du qu’en dira-t-on et finalement on peut se demander si nous nous connaissons nous-mêmes.

 

B – Une connaissance inefficace de soi

Si je ne me connais pas moi-même comment l’autre peut-il me connaître ? En fait, il aura une opinion ambiguë de moi. Sur le fronton du temple de Delphes figurait :  l’inscription « Connais-toi toi-même ». C’est dire que dans les temps anciens, on avait déjà compris que la connaissance de soi était une condition nécessaire pour vivre sur cette terre. Être en accord avec soi-même, connaître son moi intérieur permet de renvoyer à l’autre une image conforme de soi donc de lui permettre de mieux se comprendre. Or ce manque de connaissance de soi participe à aiguillonner l’autre sur une fausse piste. Milan Kundera a bien raison de dire dans L’Immortalité : « Le souci de sa propre image, voilà l’incorrigible immaturité de l’homme ». L’autre s’arrête à ce que nous lui offrons notre paraître. Dans un monde où tout va très vite, l’autre s’arrête à notre paraître et même si on lui offrait la possibilité de mieux nous connaître, accepterait-il, tant cette société d’illusions, de faux semblants et de mensonges est mise en valeur ? Même dans La symphonie pastorale d’André Gide, l’héroïne, Gertrude dit à un moment : « Je ne tiens pas à être heureuse, je préfère savoir ». Gertrude est aveugle et cette cécité lui permet de ressentir les vrais sentiments des autres. Malgré cela, elle préfère savoir, c’est-à-dire voir les autres physiquement et pour son plus grand malheur car avec ses yeux elle a pu voir le côté obscur de la vie, or qu’est-ce que c’est que cette obscurité si ce n’est nous dans l’immensité de notre paraître ? Et ce côté obscur nous l’avons développé parce que nous vivons justement dans un monde qui accepte le mal plutôt que le bien, bien que Gertrude voyait avec son cœur.

 

Comme les autres qui sont victimes d’un monde d’apparences et de préjugés, nous sommes aussi victimes de ce même monde de faux semblants mais aussi d’une méconnaissance de nous-mêmes. Ensembles nous devons surpasser ces obstacles pour être et non plus paraître.

 

III Surpasser les obstacles pour mieux se connaître

Se connaître donc soi-même, la tâche peut sembler d’emblée ambitieuse, irréalisable. André Gide disait lui-même dans Traité du Narcisse : « Connais-toi toi-même. Maxime aussi pernicieuse que laide. Quiconque s’observe arrête son développement. La chenille qui chercherait à bien se connaître ne deviendrait jamais papillon ». Il est donc très difficile de savoir qui on est (A). Cependant osons devenir des papillons en rejetant apparences et préjugés et l’autre nous connaîtra réellement (B).

 

A – Difficultés de se connaître

Dans la mythologie grecque, Narcisse, après une partie de chasse, se désaltère dans une source et voit ainsi pour la première fois son reflet dans l’eau. Ébloui par sa beauté, il tente d’attraper son reflet, en vain. Désespérant de ne pouvoir capturer sa propre image, il meurt de chagrin. Il a été victime de sa propre image qui n’est autre que son reflet, son apparence physique. Il a confondu son moi intérieur et son moi extérieur. C’est par cette extériorité que les autres l’appréhendaient : il est d’une beauté exceptionnelle. Il est très fier et rejette tous les prétendants qui se présentent à lui, eux-mêmes subjugués par son physique. Pourtant, il ne s’était jamais vu dans un miroir. Il savait qu’il était beau à cause du regard des autres. Il n’a jamais cherché à savoir qui il était réellement. Quelle était sa beauté intérieure ? Il n’en savait rien et se contentait comme les autres de son apparence, apparence qui guidait son sentiment d’arrogance. Il en meurt. Même après sa mort, il est hanté par son image qu’il cherche dans les eaux du Styx, un des fleuves des enfers. C’est pathétique car si Narcisse avait su qu’un être ne se résume pas à son image, à son paraître, il n’aurait pas eu une si triste fin. Si ses nombreux prétendants avait compris qu’une personne ne se définit pas seulement par son apparence physique, ils auraient analysé l’intériorité de Narcisse avant de convoiter sa beauté.

 

Rejetons les barrières de l’ignorance qui nous conduit vers des concepts fallacieux telles que la beauté, la laideur et tournons-nous vers la connaissance de soi.

 

B – La connaissance de soi

Arrivés à ce stade de notre raisonnement, nous devons bien comprendre que la connaissance de soi ne doit pas être une œuvre unilatérale. C’est-à-dire que ce n’est pas seulement moi qui dois me connaître mais les autres doivent aussi se connaître eux-mêmes. Nous devons tous rejetés ce monde d’apparences et de préjugés. Comment ? Pour se connaître, il faut déjà se sentir libre dans sa tête. Ce genre de liberté commence à partir du moment où on commence à penser par soi-même. Ainsi, c’est en toute autonomie que l’on pourra se découvrir, analyser son moi intérieur qui n’est autre que notre être et non plus notre paraître. C’est cet être que les autres verront quant ils nous rencontreront. Si les autres ont aussi fait cet effort de se connaître, les relations humaines ne seront plus des relations entre des paraîtres mais entre des êtres. Alors il n’y aura plus de place pour les apparences et l’aspect physique d’une personne deviendra secondaire. Quant aux préjugés, ils devront toujours rester ce qu’ils sont étymologiquement, à savoir le préfixe « pré »: avant et juger : une opinion que l’on a sur une personne avant de connaître son être et qui doit être rapidement rectifiée en cas d’erreur de jugement. Le préjugé est et doit rester comme le disait Voltaire dans son Poème sur la loi naturelle : « la raison des sots ».

 

Conclusion :

Nous avons pu comprendre la difficulté d’être ce que nous sommes réellement aux yeux des autres. Ils nous perçoivent à travers notre aspect physique qu’ils commentent avec leurs préjugés. Souvent, nous-mêmes ignorons la réalité de notre moi intérieur.

En tout cas, loin de tomber dans la fatalité, il faut saisir chaque occasion que nous donne la vie pour toujours nous connaître un peu plus. Certaines thérapies de communication comme la PNL (programmation neuro-linguistique) proposant des grilles d’observation pour approfondir la connaissance de notre moi et des autres peuvent s’avérer utiles. On même aller plus loin avec une bonne psychanalyse. Parfois, une dispute, un conflit avec les autres, loin d’être une situation négative peut aussi nous pousser à nous interroger sur qui nous sommes.

 

 

Happy réflexion !😊

 

 

 

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